Comment le botnet blockchain Aeternum C2 exploite Polygon pour résister aux démantèlements
Aurélien Fontevive
En 2026, une nouvelle vague de menaces cybernétiques s’appuie sur la blockchain pour rendre leurs infrastructures presque indestructibles. Selon Qrator Labs, le botnet blockchain Aeternum C2 stocke des commandes chiffrées sur le réseau public Polygon, rendant chaque tentative de démantèlement comparable à une chasse au trésor dans un univers décentralisé. Pourquoi ce modèle séduit-il les cybercriminels, et comment les équipes de défense peuvent-elles réagir face à une architecture aussi novatrice ?
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Fonctionnement du botnet blockchain Aeternum C2
Architecture C2 basée sur les smart contracts
Aeternum C2 repose sur un smart contract déployé sur Polygon. Chaque contrat agit comme un réservoir immuable où les opérateurs inscrivent des instructions sous forme de transactions chiffrées. Le malware installé sur les machines compromises interroge régulièrement les points d’accès RPC publics de Polygon pour récupérer la dernière transaction. Une fois la charge utile décodée, le dispositif exécute la commande - qu’il s’agisse d’un clipper, d’un stealer ou d’un module de minage.
« Une fois une commande confirmée, elle ne peut être modifiée ou supprimée que par le détenteur du portefeuille », explique Qrator Labs. Cette caractéristique confère au botnet une persistance quasi permanente, car la blockchain ne dépend d’aucun serveur physique ni de domaine à prendre en charge.
Processus d’injection des commandes chiffrées
- Création du contrat - L’opérateur utilise le panneau web Next.js fourni avec le kit pour générer un nouveau contrat.
- Encodage - La commande est chiffrée à l’aide d’une clé symétrique propre au botnet.
Comment une faille dans GitHub Codespaces a exposé le github_token – RoguePilot 3. Publication - Le payload chiffré est envoyé via une transaction MATIC vers le contrat. 4. Récupération - Les bots interrogent l’endpoint RPC, décryptent la charge et exécutent l’action.
Chaque étape est conçue pour éviter toute trace exploitable par les analystes, notamment grâce à des vérifications anti-virtualisation et à des techniques de obfuscation du code C++ natif.
Avantages techniques de l’utilisation de Polygon
Pérennité et résistance aux takedowns
Polygon, en tant que solution de couche-2 d’Ethereum, offre une capacité de transaction élevée à un coût marginal. Selon le rapport de Qrator Labs, 1 $ de MATIC suffit à financer 100 à 150 transactions de commande. Cette économie rend le modèle viable même pour des acteurs disposant de ressources limitées. De plus, la nature immuable de la blockchain signifie que les autorités ne peuvent pas simplement « fermer » un serveur ou suspendre un domaine pour neutraliser le C2.
Coûts opérationnels et scalabilité
Le coût d’infrastructure se résume à deux éléments : le portefeuille crypto contenant les MATIC nécessaires et le serveur hébergeant le panneau de contrôle. Aucun hébergement web supplémentaire, aucune location de serveur, aucune maintenance DNS. Cette légèreté permet à l’opérateur de déployer plusieurs contrats simultanément, chacun dédié à une fonction spécifique - par exemple, un contrat dédié au minage, un autre aux vols de données.
« L’opérateur ne dépend d’aucune infrastructure au-delà d’un portefeuille crypto et d’une copie locale du panneau », souligne le fournisseur de cybersécurité tchèque.
Risques et implications pour la cybersécurité en 2026
Détection et limitation des botnets sur blockchain
Les solutions traditionnelles de détection basées sur le trafic DNS ou les listes noires de domaines deviennent rapidement obsolètes. Les analystes doivent désormais surveiller les transactions suspectes sur les réseaux publics, identifier les adresses de contrat qui contiennent des charges utiles chiffrées et corréler ces activités avec les flux réseau des endpoints compromis. Des outils d’analyse de chaîne comme Etherscan ou Polygonscan sont désormais indispensables.
Impact sur les fournisseurs d’infrastructure RPC
Les points d’accès RPC publics, souvent fournis gratuitement, deviennent des points d’entrée critiques pour les botnets. Une surcharge ou un blocage ciblé de ces endpoints pourrait réduire la capacité de récupération des commandes, mais risque aussi d’impacter les applications légitimes. Les fournisseurs doivent donc envisager des mécanismes d’authentification ou de quota renforcés pour limiter les abus.
Comparaison avec les précédents botnets utilisant la blockchain
| Botnet | Blockchain utilisée | Méthode de C2 | Coût moyen par transaction | Année de découverte |
|---|---|---|---|---|
| Aeternum C2 | Polygon (MATIC) | Smart contracts avec payload chiffré | ~0,01 $ (1 $ pour 100-150 tx) | 2026 |
| Glupteba | Bitcoin | Adresse de portefeuille comme backup | ~0,0005 $ (Bitcoin) | 2021 |
| X-Botnet (exemple) | Ethereum (ERC-20) | Stockage de hashes de commande | ~0,02 $ | 2023 |
Cette comparaison montre que Aeternum C2 se distingue par son faible coût opérationnel et sa capacité à gérer plusieurs contrats simultanément, augmentant ainsi sa flexibilité et sa résilience.
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Mesures de défense et bonnes pratiques pour les organisations
Surveillance des smart contracts suspects
- Utiliser des API de blockchain pour récupérer les dernières transactions des contrats inconnus.
- Mettre en place des alertes lorsqu’un contrat publie des données codées en base64 ou en hexadécimal, indicateur fréquent de payload chiffré.
- Croiser les adresses avec les listes de menaces publiées par des organismes comme l’ANSSI ou le CERT-FR.
Renforcement de la visibilité réseau
- Déployer des capteurs TLS/HTTPS capables d’inspecter le trafic RPC sortant.
- Appliquer le principe du moindre privilège sur les processus qui peuvent initier des appels RPC.
- Segmenter les environnements afin de limiter la portée d’un éventuel botnet à un sous-réseau isolé.
Ces actions permettent de détecter les communications inhabituelles avec des nœuds Polygon et d’intervenir avant que le malware n’exécute des charges utiles dangereuses.
Mise en œuvre - étapes pour analyser et neutraliser Aeternum C2
- Identification du contrat - Recherchez les adresses de contrat mentionnées dans les logs RPC ou dans les flux réseau suspects.
- Extraction de la transaction - Utilisez un appel JSON-RPC comme ci-dessous pour récupérer la donnée brute :
{
"jsonrpc": "2.0",
"method": "eth_getTransactionByHash",
"params": ["0xabcdef1234567890..."],
"id": 1
}
- Décryptage - Appliquez la clé symétrique connue (obtenue via l’analyse du binaire) pour décoder le payload.
- Analyse de la charge - Déterminez si le code correspond à un clipper, un stealer ou un module de minage.
- Blocage - Ajoutez l’adresse du contrat à la liste de blocage du pare-feu et signalez-la aux fournisseurs d’accès RPC.
- Eradication - Déployez des outils d’élimination (ex. Kleenscan) pour nettoyer les hôtes infectés.
En suivant ces étapes, les équipes de réponse aux incidents peuvent neutraliser rapidement la chaîne de commande, même si le botnet repose sur une infrastructure décentralisée.
Conclusion - prochaine action avec avis tranché
Le botnet blockchain Aeternum C2 démontre que la décentralisation n’est plus une simple mode, mais une réelle menace pour la cybersécurité. Les organisations doivent donc repenser leurs stratégies de détection en incluant la surveillance des blockchains publiques et en renforçant la visibilité sur les appels RPC. Ignorer ces signaux, c’est laisser les cybercriminels exploiter un terrain d’opérations quasi-inexorable.
Prochaine étape : intégrez dès aujourd’hui un module de monitoring Polygon dans votre SOC et formez vos analystes à l’interprétation des transactions de contrats intelligents. Le temps d’agir est maintenant, avant que la prochaine génération de botnets ne rende la détection encore plus opaque.